Lors de la clôture annuelle, la question du taux d’intérêt appliqué aux comptes courants d’associés revient systématiquement. Au-delà de l’aspect contractuel entre la société et l’associé, l’administration fiscale veille à ce que les intérêts versés ne reflètent pas une opération déguisée ou un avantage indû. Pour limiter le risque de redressement, l’administration publie chaque année des repères et un plafond fiscal à prendre en compte.
Le taux de référence et la source officielle
Pour 2025, l’administration fiscale a retenu un taux de référence à 4,55% selon les publications du BOFiCe taux constitue le plafond généralement admis pour juger de la normalité des intérêts versés aux associés sur leurs comptes courants. Il est essentiel de consulter la mise à jour du Bulletin officiel des finances publiques-impôts (BOFiP) avant de prendre une décision, car les indices et formules servant de base au calcul sont actualisés régulièrement.
Comment calculer les intérêts à comptabiliser
La méthode la plus sûre consiste à partir du solde moyen de l’année. On chiffre le solde moyen (ou, à défaut, on utilise le solde mensuel moyen) puis on applique le taux annuel proportionné à la durée. Exemple simple :
- Solde moyen annuel du compte courant : 100 000 €
- Taux annuel applicable (plancher prudent) : 4,55%
- Intérêts annuels bruts : 100 000 × 4,55% = 4 550 €
Si les intérêts sont payés en fin d’année : écriture comptable type au moment de l’enregistrement des charges d’intérêts — débit : charge d’intérêts ; crédit : compte courant d’associé (ou crédit : banque si paiement effectif). Si les intérêts sont constatés mais non payés à la clôture, on passe une écriture d’accrual : débit charge d’intérêts / crédit dettes d’intérêts à payer (compte fournisseur ou compte courant d’associé selon la situation).
Conséquences fiscales pour la société et l’associé
Du point de vue de la société, des intérêts raisonnables et justifiés constituent une charge déductible du résultat, sous réserve qu’ils correspondent à une opération réelle et qu’ils respectent les conditions de forme et de fond. En revanche, si l’administration juge le taux excessif, elle peut réintégrer la charge et considérer une distribution déguisée.
Pour l’associé, les intérêts reçus constituent des revenus de capitaux mobiliers. Ils sont imposables au titre de l’impôt sur le revenu. Deux modes d’imposition principaux peuvent s’appliquer :
- Le prélèvement forfaitaire unique (PFU ou « flat tax ») : 12,8% au titre de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux. Depuis plusieurs années, le taux global des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine est de l’ordre de 17,2%, soit un prélèvement global standard de 30% (12,8% + 17,2%).
- L’imposition au barème progressif de l’IR après option : les intérêts s’ajoutent aux autres revenus imposables et sont soumis au barème par tranches, puis les prélèvements sociaux s’appliquent séparément (ex. : tranche marginale d’imposition de 30% + 17,2% de prélèvements sociaux → charge globale autour de 47,2% sur ces intérêts).
Reprenons l’exemple chiffré pour visualiser l’impact fiscal : intérêts bruts annuels = 4 550 €.
- Optique PFU (30% total) : retenue au prélèvement = 4 550 × 30% = 1 365 € → intérêts nets perçus ≈ 3 185 €.
- Si option pour le barème et tranche marginale à 30% : imposition IR 30% = 1 365 €, prélèvements sociaux 17,2% = 783 € (approximatif), total ≈ 2 148 € → intérêts nets ≈ 2 402 €.
Bonnes pratiques à la clôture
Pour sécuriser la position fiscale et comptable, suivez ces points pratiques :
- Vérifier la dernière instruction BOFiP relative aux comptes courants d’associés et au taux de référence applicable à la date de clôture.
- Calculer le solde moyen annuel à partir d’extraits bancaires ou d’un relevé détaillé des mouvements du compte courant d’associé.
- Formaliser la décision : procès-verbal d’assemblée ou décision de l’organe compétent autorisant le versement d’intérêts et précisant le taux appliqué.
- Conserver toutes les pièces justificatives (relevés, conventions, délibérations) afin de pouvoir les produire en cas de contrôle.
- Simuler l’impact fiscal pour l’associé selon PFU ou barème afin d’anticiper le coût net pour l’associé et la trésorerie nette de la société.
Le taux de 4,55% pour 2025 fournit un repère utile pour éviter les excès et les redressements. Néanmoins, la situation de chaque société et de chaque associé peut comporter des particularités (liens familiaux, modalités contractuelles, montants importants) qui nécessitent une appréciation au cas par cas. Avant de fixer définitivement un taux d’intérêt sur comptes courants d’associés, il est vivement conseillé de consulter votre expert-comptable ou votre conseiller fiscal et de vérifier la dernière publication du BOFiP.
Cette démarche préventive permet de clôturer les comptes avec sérénité et d’éviter des ajustements coûteux ultérieurs.














