Le report en arrière, couramment appelé carry-back, permet à une entreprise soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) d’imputer le déficit d’un exercice sur le bénéfice de l’exercice précédent et d’obtenir en conséquence un remboursement ou une créance d’impôt. En France ce mécanisme est encadré par l’article 220 quinquies du Code général des impôts et précisé par la doctrine administrative (BOFiP). Il constitue un outil de trésorerie utile pour une PME confrontée à une forte perte après une année bénéficiaire.
Principe et conditions
Le principe est simple : si l’exercice N est déficitaire, l’entreprise peut demander l’imputation de ce déficit sur le bénéfice constaté lors de l’exercice N‑1. L’opération permet de recalculer l’IS dû sur N‑1 et, en présence d’un excédent d’impôt antérieurement payé, de demander un remboursement ou de laisser apparaître une créance au bilan. Certaines limitations et modalités s’appliquent : le périmètre d’application concerne les sociétés assujetties à l’IS, et la demande doit être motivée et documentée.
Limitations pratiques et cas particuliers
Selon les règles applicables et les mesures temporaires adoptées par le législateur, un plafond peut s’appliquer à l’imputation immédiate destinée au remboursement. Pour simplifier la trésorerie, l’administration fiscale a parfois fixé un plafond pratique (par exemple 1 000 000 €) pour le montant remboursable sans examen approfondi, au-delà duquel des justificatifs supplémentaires sont demandés. De plus, certaines situations spécifiques (intégration fiscale, utilisation de crédits d’impôt antérieurs, traitements d’éléments exceptionnels) peuvent complexifier la situation et limiter le droit au remboursement.
Exemple chiffré et écriture comptable type
Pour illustrer, considérez une PME ayant réalisé les éléments suivants :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Bénéfice exercice N‑1 | 80 000 € |
| Déficit exercice N | 120 000 € |
| Taux d’IS applicable | 25 % |
Calcul : montant imputable = minimum(bénéfice N‑1 ; déficit N) = 80 000 €. Montant remboursable estimé = 80 000 × 25 % = 20 000 €. Ainsi la société peut obtenir une créance d’impôt de 20 000 € au titre du report en arrière.
Écritures comptables suggérées (exemple simplifié) :
- Constatation de la créance : débit 444 « État – impôt sur les bénéfices (créance) » 20 000 € / crédit 771 « Produits exceptionnels » 20 000 €.
- Encaissement bancaire du remboursement : débit 512 « Banque » 20 000 € / crédit 444 « État – impôt sur les bénéfices » 20 000 €.
Ces écritures peuvent varier selon le plan comptable utilisé et la nature exacte de l’opération (imputation sur un solde d’IS à reporter, création d’une créance à long terme, etc.). Il est conseillé de valider le traitement comptable avec l’expert-comptable de l’entreprise.
Procédure pratique et pièces à fournir
Pour obtenir le remboursement ou l’imputation, suivez ces étapes :
- Compléter la liasse fiscale de l’exercice déficitaire en indiquant la demande de report en arrière dans les cases prévues ou via la procédure électronique si votre dépôt est dématérialisé.
- Joindre les pièces justificatives suivantes : bilan et compte de résultat de l’exercice déficitaire et de l’exercice antérieur, détail du calcul du déficit et de son imputation, relevé des acomptes et régularisations d’IS antérieures.
- Envoyer le dossier au service des impôts des entreprises compétent et conserver l’accusé de réception. Pour les demandes de remboursement importantes, anticiper des demandes complémentaires de l’administration.
Délais : le délai de traitement varie selon la complexité du dossier et la charge des services fiscaux ; il peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. Pour accélérer le processus, fournissez un dossier complet et clair dès le dépôt de la liasse.
Points de vigilance et conseils pratiques
- Vérifier la compatibilité avec d’autres dispositifs fiscaux : l’utilisation antérieure de crédits d’impôt, l’intégration fiscale, ou des régimes spécifiques peuvent modifier le calcul ou l’accès au remboursement.
- Respecter la chronologie : la demande doit correspondre à des exercices correctement arrêtés et approuvés selon les règles comptables et fiscales.
- Anticiper un contrôle : gardez un dossier de justification détaillé (calculs, pièces comptables, procès-verbaux) pour répondre rapidement à d’éventuelles demandes de l’administration.
- Consulter un professionnel : pour les montants significatifs ou les situations complexes, faites valider le dossier par un expert-comptable ou un conseil fiscal afin d’éviter des redressements ultérieurs.
Le report en arrière est un mécanisme efficace pour améliorer la trésorerie d’une PME faisant face à un déficit après une année bénéficiaire. Connaître les règles (article 220 quinquies CGI et le BOFiP), préparer un dossier complet et respecter les formalités permet d’obtenir rapidement un remboursement ou une créance d’impôt. En cas de doute, il est prudent de solliciter l’avis d’un professionnel pour sécuriser les écritures comptables et la documentation à fournir.














